Un examen de sang particulier
La triste vérité est que beaucoup plus de personnes pourraient survivre à l’une des formes les plus mortelles de cancer – le cancer du poumon – s’il était diagnostiqué à un stade plus précoce.
La jeune start-up Immunaray travaille sur un examen de sang simple et peu coûteux, nommé I- Chip, qui assure pouvoir diagnostiquer le cancer du poumon, et une quantité d’autres maladies, à leur
stade le plus précoce. L’impact de ceci pourrait être essentiel. Quand le cancer du poumon est diagnostiqué à un stade précoce, le traitement chirurgical augmente le taux de survie, qui est de cinq
ans, de plus de 90%.
Le Dr Eli Sahar, PDG d’Immunarray, n’y est pas allé par quatre chemins.
Le cancer du poumon est l’un des cancers les plus mortels» a-t-il dit. Le deuxième cancer en termes d’incidence annuelle, son taux de survie, qui est de cinq ans, est de 15% seulement. Quand vous
considérez qu’il y a 1,25 millions de nouveaux cas de cancer du poumon diagnostiqués chaque année dans le monde, et 175.000 aux Etats Unis seulement, vous pouvez vous faire une idée de combien
cette maladie peut être dévastatrice.
La triste vérité est que beaucoup plus de personnes pourraient survivre si elles étaient diagnostiquées à un stade précoce.
«Le cancer du poumon se développe en général sans être décelé et est diagnostiqué seulement une fois que les symptômes sont déjà apparus. Au moment où le malade commence à tousser du sang dans
leurs expectorations il est trop tard. Le cancer est trop avancé» a expliqué Dr Sahar.
Immunarray pourrait aider à modifier ces chiffres. La petite start-up composée de 8 personnes travaille sur un simple examen de sang, nouveau et peu coûteux, nommé I- Chip, qui assure pouvoir
diagnostiquer le cancer du poumon, et une quantité d’autres maladies, même à leur stade le plus précoce
La technologie d’Immunarray prend pour modèle le système immunitaire humain. «Le système immunitaire a beaucoup de fonctions, depuis la cicatrisation de blessures jusqu’à la régénération des tissus
et l’élimination des déchets» explique le Dr Sahar. «En vue de programmer ces fonctions, il doit savoir ce qui se passe dans le corps. Essentiellement il est comme un journaliste, surveillant le
corps à tout moment. Si un changement se produit ou qu’une maladie se développe, le système immunitaire perçoit ces changements en temps réel et réagit de façon appropriée, en créant des anticorps
pour combattre la maladie. »
Avec cela en tête, Immunarray est en train de développer une puce qui peut établir le profil du système immunitaire et diagnostiquer les maladies en identifiant les anticorps dans le flux
sanguin.
«Chaque maladie a sa propre signature anticorps et si nous les examinons en détail , elles servent d’indication pour la maladie» explique le Dr Sahar, physicien et ancien enseignant de
biotechnologie à l’Université de Tel-Aviv.
Le I-Chip est une petite micro-matrice jetable qui ressemble aux puces utilisées dans l’industrie électronique mais contient des molécules biologiques au lieu de circuit électrique. Chaque puce
peut transporter des milliers de molécules différentes sur elle, bien qu’initialement la société ait projeté de créer des puces qui testent une seule maladie à la fois. Pour faire cela, vous prenez
une goutte de sang, vous la mettez sur la puce et si les anticorps appropriés sont présents dans le sang, ils s’agglutineront sur la puce, créant une signature qui établira le profil de l’état de
santé du patient.
«Nous détectons cette liaison et mesurons la concentration d’anticorps dans le sang identifiant de cette manière si cet individu a cette maladie ou non, et à quel stade se trouve la maladie»
continue le Dr Sahar.
Bien que cette technologie soit une technologie polyvalente pouvant être utilisée pour identifier un certain nombre de maladies auto-immunes ainsi que des maladies inflammatoires, y compris le
diabète juvénile, la sclérose en plaques, la polyarthrite rhumatoïde, le cancer et la maladie de Crohn, Immunarray a décidé de se concentrer d’abord sur le cancer du poumon à cause de sa
prévalence, sa nature mortelle et aussi à cause de la population risquant cette maladie qui est facilement identifiable.
Dans la vaste majorité des cas – quelques 85% - le cancer du poumon est le résultat du tabagisme. Aux Etats Unis, il y a 19 millions de fumeurs actuels ou passés de plus de 45 ans, l’âge au cours
duquel l’incidence du cancer augmente. Ces fumeurs à haut risque constituent une population cible bien définie pour l’analyse I- Chip, qui convient particulièrement pour le filtrage de vastes
populations.
«Si nous donnions à chaque gros fumeur une simple analyse de sang, plus tôt, nous pourrions découvrir et traiter le cancer du poumon à un stade plus précoce» déclare le Dr Sahar.
Ceci est incontestablement une énorme entreprise, mais il y a beaucoup de preuves suggérant qu’un dépistage précoce pourrait bientôt être remboursable par les autorités sanitaires. Et même s’il ne
l’est pas, le test à 100 dollars est assez abordable pour être payé par les fumeurs eux-mêmes. Et qui ne voudrait avoir une chance de détecter et traiter une maladie avant qu’elle ne mette sa vie
en danger?
Jusqu’à présent Immunarray a effectué des essais du concept avec preuve interne à la société en utilisant des spécimens collectés au cours des années dans des labos israéliens et américains y
compris un centre du cancer important, le MD Anderson de Houston au Texas. Les résultats, selon le Dr Sahar, ont été excellents.
«Nous avons identifié des malades ayant un cancer du poumon même aux premières étapes du développement» a-t-il dit.
La société est maintenant en train de finaliser le développement, qui va probablement prendre 18 autres mois. Ceci sera suivi d’essais cliniques dans trois différents endroits des Etats Unis. Le Dr
Sahar espère que la première version de l’analyse atteindra le marché avec l’aide d’un associé stratégique vers la fin de 2009. Les Etats Unis sont la première cible du marché de la société.
Actuellement des patients qui risquent de développer un cancer du poumon doivent subir une radiographie pulmonaire ou un scanner. Ceux-ci sont des examens non-spécifiques et relativement coûteux.
Si un nodule suspect est découvert, alors le médecin fera une biopsie ou une opération, et le diagnostic final sera donné en accord avec ces examens.
Le Dr Sahar pense que le I- Chip ne remplacera pas ces méthodes, mais les précèdera. Des patients ayant une réponse positive à l’examen sanguin, feront ensuite un scanner pulmonaire et suivront le
chemin normal du traitement.
Immunarray fut fondée en octobre 2005. La technologie originale a été développée par deux professeurs de l’Institut Weizmann de Rehovot, l’immunologiste mondialement renommé le Professeur Irun
Cohen et le Professeur Eytan Domani, lesquels travaillèrent là-dessus pendant 10 ans avant que la société ne soit fondée pour commercialiser le fruit de leur travail.
La société privée fait partie de l’Incubateur RAD BioMed de Tel-Aviv. En octobre 2008 elle abandonnera l’incubateur et est actuellement en train de chercher un financement de 2,5 millions de
dollars en vue d’aider à terminer le développement et commencer les essais cliniques.
Pendant ce temps, la société mène une Recherche et Développement sur des examens sanguins pour d’autres maladies, particulièrement celles du système immunitaire, cette recherche en étant encore au
stade précoce. «Ici également nous avons eu des résultats très prometteurs» continue le Dr Sahar.
En principe une puce peut être utilisée pour diagnostiquer plusieurs maladies, mais chaque maladie requiert développement et essais cliniques, de sorte que la société se concentre maintenant sur le
développement de puces pouvant identifier une seule maladie à chaque fois. «L’effort principal de notre recherche et développement aujourd’hui est de trouver la bonne signature pour chaque maladie»
explique-t-il.
«Nous sommes à un stade précoce mais nous sommes très optimistes» ajoute-t-il. «Le système immunitaire est un outil très puissant et nous avons développé une approche réellement unique. Nous avons
répondu à un besoin crucial qui est encore actuellement imprévisible. Les possibilités sont énormes. »
Yossi Benavraham